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French or Foe?



CHRISTINE KERKELLANT, L'Entreprise:

Polly Platt organise regulièrement des conférences et des sessions de formation destinées aux managers de son pays qui débarquent dans l'Hexagone et éprouvent quelques difficultés à s'adapter. Elle les aide à mieux comprendre les particularismes de leurs patrons (ou subordonnés) français, à ne pas déprimer lorsque les rendez-vous sont annulés au dernier moment, ou à arriver avec trente minutes de retard -- pas une de plus, pas une de moins - s'ils sont invités dans les dîners parisiens. Ses conseils sont rassemblés dans un ouvrage plein d'humour que les dirigeants français peuvent avoir intérêt et plaisir à lire...


ROBERT SOLE, Le Monde:

Ce livre exige des lunettes à double foyer. A tout moment, il faut lever les yeux, rectifier la vision, se souvenir que le texte ne nous était pas destiné. Polly Platt, Américaine vivant à Paris, l'a écrit à l'intention des anglophones... on regarde les autres en train de nous regarder....

Ces pages plaisantes sont le fruit d'une expérience: Polly Platt organise des séminaires pour aider ses compatriotes à s'intégrer en France. Il parait que les Américains tombent des nues, ce pays ne correspondant pas du tout au rêve qu'ils s'en faisaient. Leur réaction est celle d'un mari trompé. Moins trompé par la France, à vrai dire, que par les Français.

Regle no. 1, explique l'auteur à ses eleves: ne souriez sous aucun prétexte. En France, on ne montre pas ses dents à quelqu'un qu'on ne connait pas. Cela se vérifie dès la première minute, en débarquant à Roissy: le douanier fait la gueule. Aux Etats-Unis, les enfants apprennent à sourire dès le plus jeune age: on sourit automatiquement, à tout bout de champ, pour montrer à l'interlocuteur qu'on ne lui es pas hostile. Des cadres français ayant travaillé plusieurs années outre-atlantique reviennent avec cette habitude: ils arborent un sourire jusqu'aux oreilles, qui les fait aisément passer pour bizarres ou hypocrites.

Ne pas sourire donc, mais, en revanche, serrer la main. 'Chaque matin, constate le dirigeant américain d'une entreprise en France, mes cadres passent vingt minutes à se serrer la main.' Commentaire de Polly Platt: pour les Français, c'est une manière de garder le contact, d'être proches tout en restant formels. La notion de proximité et d'espace n'est d'ailleurs pas la même en France et aux Etats-Unis. Ici, un Américan a l'impression d'être pressuré en permanence: 'Dans le métro, les gens s'asseoient tellement près qu'on a les genoux qui se touchent. Et sur la route, c'est tout juste si la voiture d'à côté ne raye pas votre peinture! Mais le pire, c'est à la poste! Vous êtes à moitié asphysié quand vous faites la queue.'

Polly Platt jure que les Français peuvent être aimables, à condition de savoir les prendre. Il faut toujours établir une relation personnelle avec son vis-a-vis, qu'il soit boulanger ou banquier. 'En France, la vie professionnelle est une question personnelle.' Les Français aiment avoir affaire à des gens qu'ils connaissent. Au supermarché, choisissez toujours la même caissière, quitte à attendre un peu plus longtemps. Vous éviterez un ennui possible et gagnerez un sourire. Sachez qu'il est toujours possible d'obtenir quelque chose à condition d'amadouer, d'intéresser ou d'amuser le préposé. Dans un hôtel en France, quand il ne reste plus de chambres libres, le quémandeur s'entend dire, de manière significantive: 'Normalement, nous sommes complets.' Normalement...

Pourquoi les Français parlent-ils si peu l'anglais? Parce que, répond Polly Platt, ils pensent que les anglophones accordent à la langue la même importance qu'eux: ils ont peur de massacrer l'anglais. Naturellement, les Américains sont stupéfaits de voir la télévision consacrer une heure de grande écoute à la dictée de Pivot ou la France s'enflammer pour un débat sur la révision de l'orthographe. Même la place accordée chaque année à la rentrée scolaire -- c'est tout un pays qui 'rentre' -- les laisse cois.

Le livre n'échappe pas à des banalités et ne mangue pas d'enfoncer au passage quelques portes ouvertes. Retenons néanmoins le chapitre consacré aux Français et à l'entreprise. On comprend assez bien le choc des cultures en matière de management. En France, les réunions apparaissent interminables aux Américains, sans doute parce qu'elles ne visent pas à prendre des décisions mais à rapprocher les participants et à créer une entente à long terme. Les Etats-Unis, selon la définition d'Edward Hall, ont 'une culture à contexte pauvre', c'est-à-dire fonctionnant selon un mode direct et linéaire, avec le souci essentiel d'effectuer le travail et de gagner de l'argent: on ne perd pas de temps et on fait une seule chose à la fois. Dans les 'cultures à contexte riche' comme la France, les rapports sont codés, circulaires et indirects. L'individu est prioritaire. Les relations comptent davantage que les affaires.

Les choses se compliquent dans la mesure où la France est, en plus, cartésienne. Un problème est nécessairement envisagé sous toutes ses coutures. Au contraire des Anglo-Saxons, 'les Français partent d'une théorie et l'illustrent par des faits.' Un ingénieur, observant une découverte récente, aurait marmonné: 'Apparemment, ça marche debout. Mais dans la théorie, ça ne marchera jamais.' Ainsi va la République...


ERIC OLLIVIER, Le Figaro:

Le cliché du béret et du pain-baguette tient le coup. On le retrouve sur la couverture de ce livre, dont le titre est alléchant: goûtons-en quelques échantillons.

Dépêchons-nous de savoir ce qu'on pense de nous à l'étranger. Il ne faut pas laisser passer l'occasion d'un petit inventaire. Le clerc qui l'a dressé est une Américaine vivant à Paris; elle a rédigé une sorte de guide psychologique pour les Anglo-Saxons portés sur la France et souvent désorientés par ses habitants.

Oscar Wilde disait qu'une langue commune, l'anglais, sépare deux sociétés, la britannique et l'américaine. On pourrait dire que l'amour de la France sépare les étrangers des Français, car ils ne parlent pas de la même.

Cet essai est le fruit d'une enquête; il n'est pas enlevé à la manière d'un Durrell ou d'un Jerome K. Jerome; parfois cruche, parfois docte, il a du plouc et du snobique. Mais il est finalement émouvant: l'auteur professe que ce pays, pour elle, 'c'est aussi du pain frais, des jonquilles et des gaufres.'

Avec le temps, 'peu que peu', comme on disait dans le peuple, nos compatriotes se mettent au ton du monde, mais il leur reste des travers (auxquels nous tenons sûrement beaucoup). Prenez la bataille de la porte, survivance de Louis XIV, qui se livre pour passer de la salle à manger au salon, et inversement; elle sidère les allogènes. Autant que la poignée de main, rituel impayable hérité du Moyen Age, quand on tendait une main nue pour montrer ses intentions pacifiques. On pourrait vraiment s'en dispenser, surtout quand on tombe sur un partenaire briseur de phalanges.

Et le brouillard des cocktails; les maîtresses de maison, souffrant d'hyponymie, présentent mal, parce qu'elles sont comme moi: elles oublient même le nom des proches. Ce serait si simple de préparer une liste qu'on consulte, et de prononcer distinctement.

S'il n'y avait pas les Français, il n'y aurait pas de problèmes en France. On les trouve (je suis à l'étranger pour le moment) arrogants, grossiers, froids et peu serviables. En compensation, on reconnaît qu'ils ne font pas la morale aux passants comme tant d'autres peuples. Ils ne savent pas sourire (c'est vrai, la manie des politiciens qui posent en 'cheese' dès qu'un photographe les a piégés est le contraire de la spontanéité).

Notre méfiance à l'égard des étrangers tiendrait à deux mille ans d'histoire chahutée. (Mais les Italiens, encore plus maltraités que nous, et depuis plus longtemps, sont au contraire avenants dans la vie quotidenne. Cocteau disait d'eux: 'lls sont des Français qui savent sourire.')

Je me demande où l'enquêtrice a pu constater que nous étions sensibles au bruit, alors que le tapage est une des caractéristiques de la vie moderne. Il faudra que je branche mon cornet acoustique jusqu'a New York pour comparer les capacités hurlantes des deux continents. Quant à la ponctualité, j'ignorais que nous traînâssions une si mauvaise réputation. Certes, on m'a dit que la télévision pousse la désinvolture jusqu'à la muflerie pour ce qui est des horaires, mais je n'ai pu le vérifier, je n'ai pas encore l'électricité.


GINETTE TOULET, La Dépêche de Dimanche, Toulouse:

Drole, séduisante, et malicieuse, Polly Platt n'a pas son pareil pour expliquer la France aux Américains -- et les Etats-Unis aux Français. Elle le fait depuis 1987, tour à tour au sein de son cabinet conseil parisien, dans un livre publié récemment et dans les conférences... Rien n'a échappé au regard humoristique et jamais sévère de Polly Platt. Ainsi le déplacement d'un Américain et d'un Français sur un troittoir. 'Le premier établit une distance importante entre lui et les passants. Il est dans une boule qui l'éloigne de tous. Le Français qui, lui, n'est pas dans une boule, frôle les autres, ce qui rend les Américains littéralement furieux...'

...Elle aime surtout le charme dont usent les Français dans la vie de tous les jours et que les Américains prennent pour de l'hypocrisie.'Vivre en France, c'est être au théatre en permanence,' confesse cette femme qui n'a pas dû faire beaucoup d'efforts pour apprendre son rôle sur cette scène-là. Adorable Polly!


PAUL LEVY, Wall Street Journal (Courrier International):

"...N'importe quel Américain ou Britannique ayant passé ici plus d'un mois sera contraint d'admettre que Madame Platt a découvert une recette pour vivre avec les Français. Elle consiste en 'Dix mots magiques' qui ont un tel effet psychologique sur les commerçants, bureaucrates ou la police qu'en les utilisant, 'vous êtes considéré comme quelqu'un de respectable qu'il faut aider au maximum des possibilités d'un Français': 'Excusez-moi de vous déranger, monsieur (ou madame) mais j'ai un problème'. Elle n'explique pas, mais je crois qu'elle dit vrai et que les Français adorent résoudre les problèmes; peut-être parce qu'ils doivent étudier Aristote et Descartes pour leur baccalauréat."


LAETITIA D'ORNANO, Madame Figaro:

...Ils sont fous, ces Français (Français ou enemi? dans l'anglais) n'est pas une arme à feu braquée sur nous mais une drôle de bible... qui explore nos différences sans tomber dans le cliché...'Les Français sont différents et merveilleux, merveilleusement différents. Ils parlent, ils s'intéressent à tout et ne sont jamais ennuyeux. Benjamin Franklin disait: Chaque homme a deux pays, le sien et la France'.

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© Polly Platt. 2006.
French illustration by: Géraldine Guinard